Pendant seize saisons, Hervé a construit ses automatismes avec sa fidèle Clio. À La Roche – La Berra déjà, il avait commencé un travail bien plus complexe qu’un simple apprentissage d’une nouvelle voiture : celui d’accepter que tous les repères accumulés au fil des années ne soient plus forcément les bons.

Ici, on levait légèrement le pied. Là, on passait la quatrième. Plus loin, on savait exactement où freiner, où remettre les gaz, jusqu’où laisser vivre la voiture.

Avec la Dallara, ces certitudes doivent être réécrites.

Et c’est sans doute ce qui frappe le plus depuis le début de cette nouvelle aventure : course après course, Hervé semble réussir cet exercice de plus en plus rapidement.

Après les premiers kilomètres parcourus à La Berra, les progrès déjà visibles à Chamblon, c’est à Vuillafans-Echevannes que cette évolution se confirme une nouvelle fois.

La première montée d’essais est déjà très encourageante : 2’23″017, à quelques dixièmes seulement de son meilleur chrono réalisé l’an dernier avec la Clio (2’22″6). Une comparaison qui n’a pourtant rien d’évident, tant les deux voitures demandent une approche différente.

La deuxième montée confirme que les nouveaux automatismes commencent déjà à prendre leur place. Huit secondes de mieux d’un seul coup : 2’15″3. Les anciens repères s’effacent peu à peu, les nouveaux prennent forme.

Les choses sérieuses commencent ensuite avec la première manche chronométrée, conclue en 2’13″613, encore deux secondes gagnées.

Après une nuit – qui n’a sans doute pas été la plus reposante –

place aux trois manches du dimanche, dont les deux meilleurs temps, additionnés à celui du samedi, détermineront le classement final.

À la recherche du moindre centimètre, Hervé effleure légèrement le rail intérieur d’un virage à gauche avec la roue avant gauche. Rien qui l’empêche de signer son meilleur chrono du week-end : 2’12″822.

Cette fois, la Dallara découvre le plateau de la dépanneuse pour redescendre au paddock… mais plus de peur que de mal.

Une roue remplacée, un contrôle de géométrie, et la voilà prête à repartir.

La troisième montée est sans doute abordée avec un soupçon de prudence supplémentaire. Le chrono (2’14″8) ne permet pas d’améliorer la marque précédente, mais confirme néanmoins un rythme déjà très solide.

La quatrième manche sera malheureusement annulée – comme la troisième pour une partie des concurrents – en raison de l’interruption de la course provoquée par un départ de feu dans la forêt. Un épisode qui rappelle les conditions particulièrement difficiles qu’a connues la France ce week-end, marquée par une chaleur exceptionnelle et plusieurs incendies, notamment dans les Pyrénées.

Le total de ses deux meilleurs chronos (4’26″4) lui offre la 42e place d’un groupe particulièrement relevé, où évoluent également les redoutables prototypes qui se disputaient la victoire au scratch. Un résultat qui compte, bien sûr… mais qui raconte surtout une chose : montée après montée, Hervé continue de remplacer ses anciens réflexes par de nouveaux. Et, manifestement, de plus en plus vite.

Du côté d’Yves, le week-end aura été bien plus mouvementé que ne le laissent imaginer les chronos.

Dès les essais, les sensations sont bonnes. Malgré des pneumatiques déjà bien usés, la petite 106 retrouve immédiatement un rythme proche de celui des éditions précédentes, preuve que le grip exceptionnel de Vuillafans compense largement leur fatigue. Les essais se concluent ainsi sur des chronos de 2’35″2, puis 2’33″8, avant une première manche chronométrée bouclée en 2’31″2, en ligne avec les attentes.

Le dimanche débute avec plus de deux heures de retard après plusieurs sorties de piste. Yves signe alors un encourageant 2’30″7, à seulement quelques dixièmes de son meilleur temps de l’an passé… réalisé, lui, avec des pneus quasiment neufs.

Mais c’est à l’arrivée que les ennuis commencent.

En ouvrant le compartiment de la batterie, installé dans l’habitacle, il découvre de l’acide partout : la batterie a littéralement éclaté sous l’effet d’une surtension. Grâce à l’aide précieuse d’Alexandre, tout est rapidement démonté, nettoyé, puis remonté avec une batterie récupérée auprès d’un concurrent suisse malheureusement contraint à l’abandon après un problème de boîte de vitesses. Une adaptation des supports, quelques outils, un peu d’huile de coude… et la 106 est à nouveau prête.

Juste à temps.

Ou presque.

Alors qu’il rejoint la prégrille pour prendre le départ de la manche suivante, après seulement quelques centaines de mètres, le câble d’embrayage casse net. Nouveau retour au paddock, nouveau remplacement express… avant d’apprendre que la course est interrompue, puis définitivement arrêtée en raison d’un départ de feu dans la forêt provoqué par des étincelles émises par une monoplace.

Une frustration d’autant plus grande que la voiture était réparée et prête à repartir.

Le week-end s’achève finalement après seulement deux manches chronométrées sur les quatre prévues pour la catégorie Master of Hillclimbing, où Yves retrouvait, comme l’an dernier, un plateau particulièrement relevé mêlant Golf Turbo 4 roues motrices, BMW M3, anciennes WTCC et autres machines très affûtées. Dans ce contexte, voir la petite Peugeot 106 de 1600 cm³ tenir sa place au milieu de voitures bien plus puissantes reste une belle satisfaction.

Comme si cela ne suffisait pas, les dernières vérifications laissent penser que l’alternateur serait à l’origine de tous ces ennuis : une surtension aurait provoqué la destruction de la batterie. Un problème supplémentaire à résoudre… mais nul doute que la fidèle 106 sera bientôt prête à reprendre la route des courses.