La 81e édition de la Course de Côte St-Ursanne-Les Rangiers avait cette année encore tout pour attirer les passionnés : une épreuve mythique du calendrier suisse, comptant également pour le Championnat d’Europe de la Montagne, un plateau particulièrement relevé et, surtout, ce tracé que l’on ne peut pas vraiment comparer à beaucoup d’autres.
Pour le Gruyère Racing Team, trois pilotes étaient au départ : Yves Bracelli et sa petite 106 GTi dans la classe IS 1401-1600 cm³, Yann Schorderet avec sa fidèle Golf II dans la très disputée IS 1601-2000 cm³, et Hervé Villoz, au volant de la Dallara F302-04 en E2-SS 1601-2000 cm³.
Cette fois, la configuration du paddock permettait aux trois voitures de se retrouver côte à côte et de constituer un petit « village GRT » autour des hospitality de Yann et Yves. Une grande table, quelques grillades préparées dans les règles de l’art et un bon verre de blanc bien frais : de quoi contribuer à cette ambiance conviviale qui accompagne décidément très bien les week-ends de course du GRT.
Une montée où chaque détail compte
Il faut dire que St-Ursanne-Les Rangiers ne laisse guère de place à l’improvisation.
Le tracé est extrêmement rapide, mais également très technique et exigeant. Les vidéos embarquées disponibles sur YouTube permettent d’ailleurs de comprendre assez rapidement pourquoi : ici, une petite hésitation ne coûte pas seulement quelques dixièmes. Une trajectoire légèrement ratée ou une remise de gaz un peu tardive peut pénaliser toute la portion suivante.
Parmi les passages qui ont fait la réputation de St-Ursanne, le Grippon, juste sous le pont de l’autoroute, occupe une place à part dans l’imaginaire des passionnés. Un de ces endroits devenus presque mythiques, au même titre que l’Eau Rouge-Raidillon à Spa ou le Karussell au Nürburgring : un passage qui pose la question, aussi bien au pilote qu’à celui qui le regarde, de savoir s’il faut « lâcher… ou rester à fond ».
Mais la course ne s’arrête évidemment pas là. À peine ce passage franchi, le parcours enchaîne une série de virages qu’il faut raccorder sans jamais casser le rythme. On y lâche légèrement, on enlève parfois un rapport en effleurant les freins, mais il n’est guère question de reprendre son souffle avant le premier épingle. Il faut conserver le momentum le plus loin possible, parce qu’à cette vitesse, chaque petite erreur peut se payer pendant plusieurs centaines de mètres.
Pour les pilotes des voitures de tourisme, la journée commence d’ailleurs très tôt. L’ordre de départ prévoyait une mise en place avant 7 heures du matin, mais quelques interventions imprévues sur le parcours allaient finalement retarder d’environ une heure le début de la première montée d’essais. Sur un tracé comme celui-ci, cette montée est pourtant particulièrement précieuse pour retrouver les repères et remettre progressivement la vitesse au bon endroit.
Yves et Yann : retrouver le rythme
Les premières voitures du GRT à s’élancer sont celles d’Yves et de Yann.
Yves signe un premier 2’33, tandis que Yann réalise un 2’31. Au retour au paddock, Yves signale un comportement un peu inhabituel de l’embrayage, rien de réellement inquiétant pendant la montée mais un point à surveiller lors de la descente et du retour au paddock.
Du côté de la Golf, tout va bien, à une petite particularité près : les portes en fibre de carbone ont tendance à s’ouvrir légèrement dans leur partie supérieure lorsque la vitesse augmente. Rien de dramatique là non plus. Les très hautes vitesses atteintes sur le parcours créent une dépression autour de la partie supérieure du pare-brise qui agit davantage sur les portes que sur une épreuve plus lente. Un contrôle des fixations suffit à confirmer que rien de sérieux ne se cache derrière ce comportement.
L’après-midi, les deux pilotes poursuivent leur progression. Yves descend à 2’30, Yann à 2’28. Les repères reviennent, la vitesse aussi, et les deux voitures commencent à se rapprocher progressivement de leur rythme de course.
La troisième montée d’essais confirme cette tendance : 2’29 pour Yves et 2’27 pour Yann.
Pour Hervé, la découverte de St-Ursanne au volant de la Dallara commence un peu plus tard.
Hervé : de nouveaux repères à construire
Après quelques course, le président du GRT poursuit son apprentissage de la F3 sur un terrain encore différent.
Sa première montée d’essais se termine en 2’21, un premier chrono qui sert surtout à construire de nouveaux repères sur cette montée extrêmement rapide.
La deuxième montée sera beaucoup moins représentative : la pluie s’invite sur le parcours et Hervé doit cette fois composer avec une piste mouillée et les pneus pluie. Le chrono monte à 2’32, avant que la piste ne retrouve des conditions plus favorables.
La troisième montée permet alors de mesurer la progression : 2’12.
Neuf secondes gagnées sur un seul passage ne signifient évidemment pas que neuf secondes ont été « découvertes » d’un coup. Elles montrent surtout à quelle vitesse les nouveaux repères commencent à s’installer. À mesure que les kilomètres s’accumulent, les références de freinage changent, la confiance grandit et la Dallara permet d’aller chercher un peu plus loin ce qui, quelques passages auparavant, semblait encore hors de portée.
Et la course du dimanche va confirmer cette tendance.
Le dimanche : les chronos commencent à parler
La première montée chronométrée permet à Yves de signer un 2’26, alors que Yann améliore encore avec un 2’23.
Pour Yves, ce 2’26 a d’ailleurs une petite histoire.
La montée avait commencé normalement, avant d’être interrompue en raison d’un concurrent en panne sur le parcours. Yves avait donc dû redescendre avant de reprendre sa place et de repartir plus tard. Sans avoir l’impression de prendre des risques particuliers, il réalise finalement ce qui deviendra son meilleur chrono du week-end.
Et c’est parfois ainsi que naissent les meilleurs temps.
Un pilote peut effectuer une montée avec l’impression d’avoir simplement roulé à son rythme, sans chercher à battre un record, sans avoir la sensation d’avoir particulièrement « attaqué »… et découvrir à l’arrivée un chrono qu’il n’avait encore jamais réalisé.
C’est aussi ce qui rend le chronomètre parfois aussi fascinant : une fois que l’on sait qu’un temps est possible, on peut être tenté de vouloir le reproduire à tout prix. Et il arrive alors que le pilote pousse davantage, cherche à gagner partout, force un peu plus chaque freinage et chaque virage… pour finalement ne pas retrouver le chrono qu’il venait pourtant de réaliser presque naturellement.
Le meilleur tour n’est pas toujours celui où l’on a l’impression d’avoir le plus attaqué. Parfois, c’est simplement celui où tout s’est parfaitement enchaîné.
Pendant ce temps, Yann poursuit lui aussi sa progression et signe un trés beau 2’21, confirmant les bonnes sensations et la constante progression du samedi.
Pour Hervé, la Dallara continue quant à elle de trouver son rythme. Le chrono descend encore à 2’09, puis à 2’07 lors de la deuxième montée chronométrée.
Une nouvelle fois, ce qui frappe n’est pas seulement le chiffre final, mais la manière dont les temps se construisent : les repères se déplacent petit à petit et le pilote commence à repousser ses limites sans avoir besoin de tout bouleverser d’un passage à l’autre.
Trois voitures, trois histoires, un même chrono
Les deux manches chronométrées du dimanche permettent finalement de retenir les meilleurs temps et d’établir les classements selon le règlement de l’épreuve.
Yves et sa 106 GTi terminent 4e de classe avec un cumul de 4’54.798.
Yann place la Golf à la 8e place de sa classe, avec un total de 4’44.489, dans une catégorie une nouvelle fois particulièrement disputée.
Enfin, Hervé termine lui aussi 8e de sa classe avec la Dallara, en 4’16.766.
Trois résultats différents, trois voitures très différentes et trois manières d’aborder cette montée. Mais un même constat : à St-Ursanne, la vitesse ne suffit pas. Il faut savoir la construire, la conserver, et surtout savoir où l’on peut encore aller chercher quelques centimètres, quelques kilomètres/heure ou quelques fractions de seconde.
Et peut-être est-ce finalement ce qui rend cette course si particulière : sur une montée aussi rapide et exigeante, le chronomètre ne récompense pas uniquement celui qui ose le plus. Il récompense surtout celui qui parvient à faire en sorte que, pendant toute la montée, rien ne casse le rythme.
Un grand merci @Christophe Cornavaux pour les magnifiques photo!










