Il y a des courses qui se gagnent. Et il y a des courses qui se vivent.
La Roche – La Berra appartient à cette deuxième famille. Celle qui ne se mesure pas seulement au chronomètre, mais aux frissons accumulés depuis l’enfance.
Pour nous, au Gruyère Racing Team, cette montée n’est pas une simple épreuve. C’est notre route. Celle qu’on regardait gamins, planqués dans la forêt au bord du bitume, à attendre que le bruit des moteurs explose contre les arbres. Ce roulis qui prend aux tripes, ce grondement qui se propage d’arbre en arbre – impossible à décrire, mais on l’a tous dans la tête..
Yann en est la preuve vivante. Il nous a confié : « La première course que j’ai vue, c’était ici, à La Roche – La Berra. J’avais 5 ans, avec mon père. Je suis resté scotché. C’est là que tout a commencé. »
Ce week-end, Yann sera au départ. Pas avec le moteur STW « trop pointu » et ses petits toussotements suspects – il a préféré remettre l’ancien moteur. Un moteur qu’il connaît, une hyène un peu plus sage mais encore bien accrocheuse, avec plus de couple en bas. Question de confiance. Et sur une route qu’on a dans le cœur, on ne veut pas de doute.
Et pour mesurer le chemin parcouru, il suffit de regarder cette photo. Yann, en 2009, à sa toute première participation à La Roche – La Berra. Déjà avec sa Golf. La même. Celle qui, au fil des ans, est devenue la bête que vous connaissez aujourd’hui.

On connaît chaque endroits par son nom. Chaque virage a son anecdote, son tête-à-queue mythique, son freinage légendaire. Ce n’est pas juste un tracé. C’est un livre d’histoires écrites à quatre roues.
Hervé, notre président, vivra aussi un moment particulier. Ce sera sa première montée avec la Dallara F3 – celle qu’il a démontée et remontée pièce par pièce pour apprendre à la connaître. Mais la mécanique, capricieuse, lui joue encore un tour : « J’ai un souci avec une pièce du démarreur. J’espère qu’elle sera là vendredi ! Si je peux rouler, ce sera déjà une victoire ! Après, je vais rouler tranquillement pour m’habituer à la voiture et aller à chaque montée un peu plus vite. »

La prudence comme stratégie. Et une victoire qui ne se mesurera pas au chrono, mais au simple fait d’être sur la ligne de départ.
Pour Dylan aussi, La Roche – La Berra n’est pas une course comme les autres.
S’il a grandi ici, au sommet de la montée, entre le restaurant familial, les week-ends de course et l’agitation qui envahit la montagne chaque année, cette édition 2026 a pourtant une saveur particulière.
Durant l’hiver, son idée était tout autre : vendre la Clio, faire réviser la boîte de vitesses avant la vente et lever un peu le pied pour une saison plus tranquille. La voiture a même été démontée dans cette optique.
Mais parfois les plans changent.
La Clio n’a finalement pas trouvé de nouveau propriétaire et, au dernier moment, Dylan a décidé de repartir pour quelques courses cette saison.
Une décision prise sans grands discours, fidèle à son caractère. Ceux qui le connaissent savent qu’il préfère les actes aux paroles. Entre son travail, les préparatifs de la course, les coups de main donnés au montage du parcours et les heures passées à préparer sa voiture, il est toujours là quand il faut.
Cette année encore, il sera au départ de « sa » Berra. Peut-être avec le même enthousiasme qu’autrefois lorsqu’il regardait les voitures arriver au sommet, peut-être simplement avec l’envie de rouler et de profiter. Mais une chose est sûre : la Clio et son pilote feront une nouvelle fois partie du paysage.

Tous les membres du GRT ne sont pas liés à La Roche – La Berra de la même manière. Originaire de Veytaux, Yves n’a pas grandi au bord de course. Son approche reste pourtant fidèle à ce qui le caractérise depuis toujours : simplicité et efficacité. « Mon objectif est de me faire plaisir et de réitérer mes chronos, voire de les améliorer. »

Au volant de sa fougueuse 106 rouge, il appliquera la même recette que d’habitude : engagement, précision et détermination. Une approche qui devrait être facilitée cette année par une boîte de vitesses fraîchement révisée après les quelques soucis rencontrés lors du slalom de Bière, où la deuxième vitesse avait pris la mauvaise habitude de vouloir quitter son logement un peu trop facilement.
De quoi profiter pleinement de cette édition de La Roche – La Berra et se concentrer sur l’essentiel : attaquer, se faire plaisir et faire parler le chronomètre.
Alors bienvenue à La Roche – La Berra. La course de la maison. Celle qui transforme l’asphalte en souvenirs et qui, année après année, continue de faire naître des vocations et de réunir les passionnés.
(Petite parenthèse : l’auteur de ces lignes n’a pas grandi au pied de La Roche – La Berra. Son enfance s’est déroulée au bord d’un rallye nocturne du Piémont italien. Une autre route, un autre pays, mais la même magie.)
À suivre sur le site du Gruyère Racing Team – dès les premiers tours de roue dans la montée.